22.04.2008

Ne soyons pas les moines-copistes du XXIème siècle !

Par Nicolas Dupont-Aignan 

  Il y a deux semaines a été votée la loi autorisant la ratification de deux traités de l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI). Je vous invite à suivre ce lien pour en savoir plus à propos de ces textes, vous pouvez aussi retrouver mon discours à la tribune de l'assemblé le jeudi 10 avril, en visionnant la vidéo ci-contre.

Ce qu'il faut retenir c'est que 12 ans après l'élaboration de ces traités qui ont donné la directive EUCD puis la loi dite DADVSI dont on a beaucoup parlé en 2006 (voir à ce sujet une interview que j'ai donné, à l'époque, au journal Le Monde), l'assemblée a fini par boucler la boucle en gravant dans le marbre les principes dictés par des lobbies tels que Microsoft Apple ou Vivendi.

Ce n'est pas très visible sur la vidéo mais il vous faut savoir que, mis à part la présence de deux autres députés, c'est à une assemblée vide que je m'adresse. Sur la fin de mon discours 10 députés UMP s'installent dans l'hémicycle, nous sommes 3 opposants : l'affaire est pliée. A cette ambiance de fin de règne s'ajoutent les interventions aussi inutiles que lénifiantes de la Ministre Yade et du Rapporteur. Cette dernière intervention fut d'ailleurs d'autant plus surréaliste que M. Remiller avait fait partie de ce groupe de députés qui, de gauche comme de droite, s'étaient opposé à loi DADVSI de 2006.

Mais l'affaire ne se termine pas là.

Dans le cadre des directives fixées par le Président de la République, Denis Olivennes ex-PDG de la FNAC - maintenant directeur de la publication d'un hebdo "de gauche" - a été chargé en septembre 2007 d'une mission sur « la lutte contre le téléchargement illicite et le développement des offres légales d'œuvres musicales, audiovisuelles et cinématographiques ».

Cette mission a abouti à un rapport devenu projet de loi qui devrait être présenté en juin , et quel projet ! Si ce texte est voté, votre vie quotidienne, à vous internaute qui lisez ce blog, serait bouleversée ! Les sanctions instaurées par la loi DADVSI pour dissuader le téléchargement illicite étant inopérantes, la mission Olivennes a inventé un nouveau système de contrôle des internautes que l’on a pudiquement baptisé « riposte graduée ». Cet euphémisme cache en fait un système consistant à imposer aux fournisseurs d’accès internet (FAI) la coupure de l’abonnement internet de leurs clients qui continueraient à télécharger gratuitement des œuvres.

L’idée paraît de bon sens et mesurée, mais dans la pratique cela consisterait purement et simplement à exercer une surveillance continuelle de l’internet en France au moyen d’un logiciel espion, que chaque internaute serait obligé d’installer sur son propre ordinateur sans qu’on sache exactement ce que ledit logiciel surveillera effectivement ! On pourrait ainsi aboutir à la situation ubuesque où l’abonnement internet de toute une famille pourrait être résilié parce que l’un des enfants, à l’insu de ses parents, aurait téléchargé un morceau de musique… Pire, si vous disposez du WIFI, rien n'empêcherait quelqu'un doté d'un bagage technique de s'introduire sur votre réseau sans fil et de faire ce qu'il veut de votre connexion. Et dans ce cas de figure le logiciel gouvernemental serait inopérant.
Enfin, ce texte mettrait en place une soi-disant « autorité indépendante », sous contrôle gouvernemental mais surtout en lien avec les entreprises du secteur, qui serait chargée dans les faits de décider de ce qui est légal ou pas sur internet. Par sa faculté arbitraire d’imposer des résiliation d’abonnements internet, cette « autorité » disposerait du pouvoir exorbitant de décider ce qui est licite ou non sur internet. En démocratie, un tel type de pouvoir ne saurait être exercé que par des magistrats, en aucun cas par les membres d’une corporation ou de lobbies par définition juges et parties !

Au moment où les majors du disques reconnaissent qu’ils ne peuvent plus contrer le téléchargement gratuit et décident en conséquence de participer à des plateformes proposant cette prestation, on se demande vraiment pourquoi le gouvernement se précipite pour mettre en place un système condamné par le bon sens et l’histoire. La révolution numérique permet de copier et de faire partager à l’infini toute œuvre audiovisuelle et c’est là bien entendu un progrès majeur. Il faut donc, contrairement au système Olivennes, ouvrir la voie à un nouveau système de rémunération des auteurs assis sur la licence globale, contribution forfaitaire mensuelle sur chaque abonnement internet. Plutôt que de copier l’internet en Chine, qui a instauré un Big Brother contrôlant à tous les niveaux l’utilisation d’internet et pratiquant une répression impitoyable contre les contrevenants, il faut préparer résolument l’internet du futur, tirer parti de toutes les formidables promesses de la révolution numérique !

Ne soyons pas les moines-copistes du XXIème siècle, étouffant le progrès comme leurs prédécesseurs du XVème siècle qui avaient tenté de maintenir le monopole de leur corporation en essayant de faire interdire l’imprimerie.

20.04.2008

URSS=Union Européenne

18.04.2008

Avril 2008


Par Nicolas DUPONT-AIGNAN


La France serait-elle victime d'une malédiction ? D'un côté, la gauche la plus conservatrice du monde qui ne veut pas réformer, de l'autre la droite la plus maladroite qui ne sait pas réformer !

La cacophonie gouvernementale de ces derniers jours n'augure en effet rien de bon. Une fois de plus tout semble être fait exprès pour faire échouer des réformes pourtant parfois nécessaires.

Mais au-delà de la méthode, chaotique, l'explication ultime n'est-elle pas plutôt la confusion entretenue par les responsables eux-mêmes sur le sens et les buts des « réformes » ? A-t-on vraiment expliqué aux Français pour quoi on réforme ? Le gouvernement en a-t-il d'ailleurs encore conscience lui-même ? A force d'user jusqu'à la corde le mot magique ou maudit des « réformes », n'escamote-t-on pas l'essentiel : vers quel modèle de société nous conduisent-elles ?

Si en 1958 le Général de Gaulle a pu transformer le pays, c'est bien car il a mis en perspective l'effort à accomplir. L'objectif était grand et mobilisateur. Il s'agissait de rendre à la France son indépendance et sa force. Il s'agissait aussi de mieux partager entre tous les Français les fruits de l'effort.

Or aujourd'hui c'est au contraire le brouillard le plus complet. Pire, la réforme apparaît dictée depuis l'extérieur, par des instances supranationales et des gros intérêts totalement indifférents aux aspirations des Français. Précipitation, impréparation, incohérence, double langage, injustice,... comment dans ces conditions les Français pourraient-ils adhérer à l'action gouvernementale ?

En témoigne, par exemple, la privatisation des services publics, qui aboutit inévitablement à leur dégradation ou leur démantèlement, pour se conformer aux oukases de Bruxelles : la palme de cette politique antinationale revient ainsi à la privatisation rampante d'EDF et de GDF, qui entraîne l'explosion de leurs tarifs pour profiter à quelques actionnaires sans garantir notre indépendance énergétique ni l'accès bon marché et égal de chaque citoyen à cette ressource vitale ! De même, on rabote l'armée pour la placer sous l'influence de l'OTAN, ce qui permet au passage de réaliser des économies budgétaires immédiates mais qui se paieront au centuple un jour. Enfin, on autorise les OGM pour satisfaire l'avidité des multinationales nord-américaines comme Monsanto?

Comment prétendre susciter l'adhésion des Français dans ces conditions ? Pour moderniser notre pays il faut bien évidemment réformer, mais en expliquant le sens et l'objectif des actions à mener. Mais encore faudrait-il que l'intérêt national et la justice sociale inspirent l'ensemble des politiques publiques, ce qui n'est manifestement plus le cas. S'attaquer à tous les privilèges, et pas seulement à ceux des petits, muscler notre économie, rationaliser notre Etat,? sont des instruments qui doivent être mis au service d'un projet de société plus vaste et réellement mobilisateur : le redressement de la France au service de tous les Français et non son abaissement permanent.

 

14.04.2008

Nos jeunes ne sont pas dupes, mais il leur faut encore croire en l'avenir

Par Nicolas Dupont-Aignan 

Il est déjà tard. Je reviens de Rennes où j’ai participé, avec Elisabeth Guigou, à un débat à l’Institut d’Etudes Politiques sur l’avenir de l’Europe.

L’amphi était plein à craquer. Les questions furent très nombreuses. Dans ce milieu réputé très acquis au fédéralisme pur et dur, j’ai perçu un vrai doute sur l’Union européenne. Elisabeth Guigou a été sérieusement chahutée sur son refus du référendum. Son catéchisme sur l’Europe sociale n’a pas vraiment convaincu les étudiants.

Les résultats de la dégringolade économique - euro cher, délocalisations, moins disant social - commencent à ouvrir les yeux des plus europhiles.

Les jeunes doutent, c’est clair. Ce n’est pas d’ailleurs une vraie surprise : lors du référendum de 2005, contrairement à celui de 1992, ce sont les jeunes qui ont voté non.

Pour autant, ces jeunes de Sciences Po m’ont paru incapables d’imaginer un volontarisme politique national et européen comme s’ils avaient baigné depuis toujours dans l’esprit de résignation. L’un d’entre eux, l’air triste, m’a dit à la fin : « Mais que peut-on faire ? Nous sommes tout petits ». Oui, cette triste rengaine de la France trop petite a porté tel le ver dans le fruit. Ces étudiants, pourtant en cursus à Sciences Po, ne pensent pas qu’un pays comme le nôtre puisse encore maîtriser notre destin. Mais si la jeunesse de la 5ème puissance mondiale ne croit plus en la capacité du politique de bâtir un monde meilleur, que peut donc bien dire celle des autres pays !

En vérité, le mythe de substitution européen et l’inaction des élites nationales participent de la même démission collective. Et j’ai envie de dire à cette jeunesse qui voudrait bien croire mais cède au désenchantement, voire à la résignation : ne cédez plus car vous donnez raison à ceux qui en haut lieu ne cessent de vous décourager pour pouvoir se dire indispensables et asséner leurs politiques injustes ! Souvenez-vous de ce que disait de Gaulle à propos du doute, « ce cancer de l’âme » ! Ressaisissez-vous, l’Histoire est toujours en marche, elle est seulement confisquée par ceux qui ont intérêt à la faire sans vous, à transformer le peuple en une plèbe de consommateurs résignés, à vous priver de votre qualité de citoyen, c'est-à-dire d’homme libre et responsable. Alors c’est vrai, le succès n’est jamais garanti lorsqu’on agit, mais soyez sûrs que sans volonté le pire est toujours au rendez-vous…

A cet égard, je ne regrette pas un instant d’avoir voté la motion de censure. Car comment imaginer construire une défense européenne en acceptant d’emblée de la placer sous la tutelle, même implicite, des Etats-Unis ? Contresens total, dans la mesure où la défense ne peut être qu’au service des valeurs, des intérêts supérieurs de ceux qui la financent et surtout de ceux qui risquent leur vie pour elle.

C’est pourquoi l’engagement supplémentaire de soldats français en Afghanistan, sans aucune révision de la gestion du conflit sur place, prouve que le Président est déjà dans la logique d’allégeance aux Etats-Unis : il engage la France dans une guerre qui ne peut être aujourd’hui la sienne, comme le démontre la manière catastrophique dont elle est menée. C’est précisément ce qu’avait toujours refusé le Général de Gaulle, à très juste titre. Servirait-il à quelque chose de suggérer au président de la République la lecture du discours de Phnom Penh ?

Souhaitons surtout que le gouvernement n’ait pas bientôt à se rendre sur le tarmac de nos aéroports pour rendre les honneurs à de nouvelles dépouilles de nos soldats, sacrifiés dans ce guêpier absurde ! S’il devait hélas en être ainsi, je doute que la majorité parlementaire, oublieuse de la leçon d’indépendance du Général de Gaulle, soit aussi enthousiaste que pendant le discours du Premier Ministre !

En vérité, la France ne pourra se redresser que lorsque l’on lui présentera un discours d’indépendance, d’effort et de coopération avec ses voisins. Cela signifie une autre politique nationale, une autre politique européenne. A nous de préparer l’une et l’autre. Les évènements, quant à eux, se chargeront d’accélérer la décomposition politique française pour passer, enfin, à une nouvelle étape.

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